De la totalité – #2 De la dimension – 0.1

De la genèse de la dimension

De toutes les définitions émises dans les diverses disciplines, aucune n’ambitionne de rendre compte de la genèse de la dimension, sauf la définition atomiste qui se heurte à deux contradictions. Cette définition formalise la dimension élémentaire par la droite, et la décrit comme une construction issue de la juxtaposition de points. Seulement, le point étant dénué de dimension lui-même, un tel raisonnement force à constater l’amalgame entre juxtaposition et superposition, et impose de conclure que la dimension en tant que telle n’est rien. Si l’on admet que toute chose se déploie dans la dimension, alors la conclusion revient à admettre que tout revient à rien.

Autrement, parler de toute chose, c’est parler de l’infinité des choses. Or, l’infini comme ensemble exhaustif est impossible à reconstituer. Ce qui revient, là encore, à dire que la totalité des manifestations prises comme un ensemble exhaustif, équivaut à rien.

Il convient en outre de relever que mis à part la définition atomiste, toutes les autres définitions de la dimension la placent dans une relation avec d’autres composantes. Il devient alors nécessaire de repenser la dimension en cherchant une définition qui résout la contradiction entre ce qui est séparé (atomisme) et ce qui est lié (autres définitions).

De l’approche définitionniste

L’analyse de la dimension montre que la dissociation en est une propriété universelle. D’abord, les dimensions se doivent d’être dissociées entre elles pour être considérées, ensuite, quelle que soit la conception que l’esprit puisse manipuler de la dimension, celle-ci est toujours entendue comme un ensemble d’éléments, structuré de telle sorte à ce qu’ils soient dissociés entre eux. Qu’il s’agisse de points (considérés par l’atomisme comme juxtaposés, donc dissociés entre eux) ou d’éléments quelconques, dont l’ensemble nommé « dimension », se structure par leur dissociation. La dissociation est inaliénable à la dimension. Or, la dissociation conduit à la définition. Définir un objet, c’est l’identifier en ce qu’il « est » et en ce qu’il « n’est pas ». Ainsi, les points sur une droite ne sont pas dissociés géométriquement (juxtaposition), mais bien parce qu’ils sont définis. Cela permet de proposer une solution au problème du passage à la limite. En effet, aussi petit ou aussi grand puisse être considéré un intervalle donné compris dans une dimension, d’abord la considération de l’intervalle lui-même, ensuite celle des éléments qui le constituent, sont tributaires de la définition. L’intervalle présentera donc invariablement la dissociation comme cœur de sa structure.

L’avantage d’une telle approche, c’est que les contraintes classiques dans les tentatives usuelles de décrire la genèse de la dimension s’effondrent. Parmi ces contraintes, la contradiction entre l’infini et le néant cesse d’être un obstacle à la description de cette genèse, puisqu’ils sont tous deux définis et donc tous deux réduits à de simples éléments comme les autres. Par ailleurs, dans la carde de cette perspective, l’infini (dans sa définition usuelle) est fini par sa dissociation de ce qu’il « n’est pas ». Ce qui est consensuellement désigné par l’infini est donc objectivement fini. Si l’on applique la perspective ensembliste à l’approche défintionniste, l’infini (au sens classique) n’est pas l’ensemble absolu des parties et la partie n’appartient pas à l’infini. En effet, puisque sa définition est dissociée de celle de la partie, elle le dissocie d’elle, faisant de l’infini un simple élément de cet ensemble et non l’ensemble lui-même. La partie n’est pas comprise dans l’infini (classique), le second ne peut donc se constituer comme totalité de la première. En conclusion, l’infini (dans sa conception usuelle) est impuissant à se constituer en totalité en ce que sa définition le dissocie de tout ce qu’il « n’est pas ».

Enfin, puisque la définition est une dissociation entre ce que son objet « est » et ce qu’il « n’est pas », elle permet à la fois de considérer l’objet depuis sa perspective atomiste par sa dissociation avec ce qu’il « n’est pas », tout en en garantissant la considération relationnelle, puisqu’identifier l’objet par rapport à ce qu’il « n’est pas » revient à le mettre en perspective relativement à son environnement.

Du tout, du rien, de l’un

La contradiction engendrée par « tout ne revient à rien » cesse également d’en être une. En effet, lorsque l’on considère la dimension par la définition, on admet nécessairement l’influence d’une règle dissimulée et invariante à travers les manifestations qui en sont les applications en désignant la dissociation (donc la définition) en vigueur entre elles. Cette « règle dissimulée » n’est pas un objet, ni une loi physique, mais une opération silencieuse du sujet connaissant, elle permet, par sa dissimulation, la distinction entre ce que l’objet « est » et ce qu’il « n’est pas » et rend ainsi possible toute forme de manifestation. Elle structure la possibilité même de l’analyse sans apparaître dans son résultat. La contradiction « tout ne revient à rien », trouve alors solution sur le plan de cette règle qui l’annule. Le tout revient effectivement à rien par la règle, qui elle est une, en ce que celle-ci résout la contradiction entre les deux. La contradiction ne se présente que lorsque cette règle est (volontairement ou non) ignorée dans l’analyse ne laissant alors que les opposés interagissant directement entre eux. Le caractère interminable de l’infini (classique) peut alors être réduit au caractère invariablement dissimulé de la règle en question. Pareillement, la révélation de la superposition dans le cadre de l’analyse de la juxtaposition peut être vue comme l’effet du rapport direct à la règle absolue. Mais encore, une telle règle est bien plus légitime à se poser en totalité, puisque son influence sur chaque manifestation peut être actée non pas en considérant la manifestation, mais en considérant sa dissociation avec les autres, elle est ubiquitaire. La règle est ainsi simultanément en chaque manifestation tout en se constituant comme leur totalité.

De la finitude

C’est donc la dissimulation de la règle qui conduit à la définition, fondement analytique de la dimension. Ainsi, la finitude n’est guère une quantité, fondamentalement, elle s’adresse au sujet dont elle organise l’ignorance. Le sujet est donc directement impliqué dans la genèse de la dimension, et par extension des manifestations dont elle est pourvoyeuse. La finitude est donc fondamentalement une ignorance, cette ignorance désigne les limites propres au sujet conférant à la finitude son sens. Son aspect quantitatif n’en est qu’un produit, la finitude n’a donc pas de consistance autonome qui soit indépendante, la dimension est solidaire du sujet. L’objet tenu comme finit, c’est l’objet défini. Sa finitude est actée dans l’aspect de la définition qui porte sur ce qu’il « n’est pas », alors même que cette définition peut le décrire comme « illimité ». Puisqu’elle porte sur l’ignorance en premier lieu, la finitude est donc avant toute chose une réalité épistémique. L’infini réel quant à lui, c’est la règle solution, qui par la résolution des contradictions dans l’unité qu’elle permet se pose en antithèse du fini. Or puisque résoudre les contradictions par une unité, c’est les confondre, alors l’antithèse du fini, c’est le confondu.

Du faux dualisme

Les descriptions ainsi portées sur la règle dissimulée permettent de concevoir une transcendance sans invoquer un quelconque dualisme. En effet, la dissociation est le double révélateur de l’application de la règle qui exerce donc son influence tout en montrant sa dissimulation. La règle fait ainsi corps avec le réel alors que pourtant, elle se dérobe à la cognition du sujet. La transcendance ne doit donc pas être entendue comme quelque chose d’à part, bien au contraire, elle est totalement impliquée dans le réel, ce qui n’empêche pourtant pas qu’elle soit inaccessible comme le montre la dissociation entre les manifestations. Il est également possible d’arguer que si la règle confère la maîtrise et que celle-ci est dissimulée, alors il devrait effectivement y avoir un dualisme entre maîtrise et ignorance. Seulement, cette dissimulation garantit la confusion entre maîtrise et ignorance en résolvant la contradiction dans laquelle elles sont impliquées. La juste formulation consiste donc à dire que ce qu’il y a, c’est la confusion entre la maîtrise et l’ignorance dont le sujet n’accède qu’au second terme. La transcendance n’appelle donc pas le dualisme, mais bien l’ignorance.

De l’universel ou du suprémacisme

Si l’on tient la vérité absolue comme universelle alors elle doit inclure le suprémacisme qui pourtant contredit l’universel. Ici encore, la conception de la vérité proposée permet de facilement passer outre cette contradiction apparente. La vérité absolue est d’abord une règle et ensuite, elle est dissimulée. L’un et l’autre de ces attributs, permettent à leur manière de dire d’elle qu’elle se pose en solution à toute contradiction, y compris à celle entre l’universel et le suprême. Mais aussi en tant que règle ubiquitaire à laquelle ne s’applique aucune autre règle, elle est en elle-même suprême tout en étant universelle.

Le rapport à la vérité absolue comme ultime règle solution

La vérité absolue étant par définition dissimulée, il est contradictoire de tenter d’en identifier les propriétés. Cependant, il est juste de considérer le rapport à elle. Puisque le rapport à la vérité est fondé sur l’ignorance et que la dissociation en est la déduction directe, alors les propriétés du rapport à la vérité absolue sont les propriétés de la dissociation. En outre, le caractère confondant de la vérité absolue fait se confondre la maîtrise et l’ignorance. Le plan des manifestations (dissociées entre elles, soit le réel usuel) constitue la composante subissant l’ignorance de la vérité. Si depuis la vérité, la commutativité est possible puisqu’elle est tenue comme règle solution révélée, depuis la perspective de sa dissimulation, soit l’ignorance, nulle commutativité n’est envisageable. Le sujet concerné par l’ignorance, n’implique donc pas qu’il soit « en dehors » la vérité absolue. L’ignorance du sujet, porte donc sur la forme confondue de l’ignorance et de la maîtrise. Elle est donc une ignorance portant sur cette confusion et non sur la maîtrise à elle seule. Le rapport à l’ignorance est donc bel et bien un rapport à la vérité absolue.

                               Totale

Ce qui révèle le caractère total de la vérité absolue, ce ne sont pas les manifestations en elles-mêmes, mais le fait que, par sa dissimulation, celles-ci soient universellement dissociées. Là où se trouve la dissociation se trouve la règle, en ce que la dissociation est partout, alors la règle est partout. La règle est donc à la fois, en chaque manifestation tout en incarnant la totalité des manifestations.

                               Unique et indivisible

Puisque la définition procède de la dissociation et qu’elle caractérise l’objet en ce qu’il « est » et en ce qu’il « n’est pas », cette caractéristique reste la même quelles que soient les manifestations considérées. La vérité absolue est donc unique.

Mais aussi, si la vérité absolue devait se décliner en parties, alors, la dissociation mise en évidence montre une récurrence du problème de la règle dissimulée qui ne peut alors constituer l’ensemble des parties. La vérité absolue est donc nécessairement unique. Selon le même raisonnement, la vérité absolue est indivisible.

                               Convergente

Dire de la vérité qu’elle est là où est chaque manifestation, c’est dire de chaque manifestation qu’elle est là où est la vérité absolue. Chaque manifestation quelle qu’elle soit, converge vers la vérité absolue.

                               Invariante

Si la vérité absolue devait varier, alors, sa dissociation en parties, serait nécessaire à cette variation. Cette dissociation la ferait entrer en contradiction avec sa propre définition. Par ailleurs, tout ce qui se dissocie, indépendamment de ce que ça puisse être, est dissocié de la même manière en ce qu’il « est » de ce qu’il « n’est pas ». L’invariance de l’acte de définition montre l’invariance de la règle dissimulée qui le fonde.

                               Omnivalente

L’omnivalence est un néologisme qui synthétise l’omniprésence, l’omnipotence et l’omniscience. La vérité est, en effet, omniprésente, dans la durée comme dans l’étendue, en ce que toutes deux s’appuyant sur la dissociation de leurs parties, révèlent son ubiquité. En tant que règle, chaque manifestation se présente conformément aux modalités qu’elle lui dicte. Par transitivité, la vérité est donc « au fait » de chaque manifestation.

                               Volonté

D’abord, chaque manifestation correspond exactement aux modalités qui lui sont dictées par la règle, ensuite toutes les manifestations convergent vers elle (ici, il s’agit d’interpréter la notion de convergence dans le sens de « au service de »), alors il est possible de voir l’ensemble des manifestations comme conformes à « la volonté » parfaite de la vérité.

                               Certitude

Puisque toute manifestation correspond d’une part à l’intention de la vérité comme règle et de l’autre, en ce que celle-ci est au fait de chaque manifestation, alors, le doute n’a pas sa place depuis la perspective de la vérité, tout est certain. Nul processus, pourvoyeur d’incertitude ne se trouve entre la vérité et chaque manifestation.

                               Complétude

Toute manifestation est incomplète du fait de la définition qui l’astreint à ce qu’elle « est » et l’ampute de ce qu’elle « n’est pas ». La vérité absolue en tant que règle solution ultime à toutes les contradictions, unifie chaque contradiction avec toutes les autres en une unité au sein de laquelle elles ne s’excluent pas. Cette unité, c’est la complétude, dans le cadre de laquelle ce que chaque manifestation « n’est pas » revient à ce qu’elle « est ».

                               Hiérarchie absolue

Depuis la vérité, toutes les manifestations, entendues comme applications, sont accessibles immédiatement, simultanément et sans intermédiation. Il n’y a donc aucune hiérarchie entre les manifestations. La seule hiérarchie admissible, se fonde sur la commutativité et décrit la relation entre la vérité absolue et ses applications comme une dominance de la première sur les secondes. La vérité absolue (désormais, il s’agira de l’être) est dite fondamentale, les manifestations, fonctionnelles. Depuis la vérité, toutes les manifestations, tous les événements se valent en une égalité absolument neutre. Seulement dire qu’aucune hiérarchie ne structure les manifestations dans l’absolu, c’est aussi admettre qu’il soit possible d’envisager la totalité indéfinie des hiérarchies possibles, puisque toute hiérarchie est annulée par la hiérarchie qui lui est inverse, réduisant synthétiquement le complexe à une hiérarchie nulle.

En conclusion, une telle conception de la vérité permet de rendre compte de la totalité, de l’unité, de la diversité, de l’ubiquité, ainsi que de l’invariance de l’être. Elle résout les contradictions ainsi mises en relief.

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I.R

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