De la totalité – #1 De la vérité – 3.1

On dit d’une représentation qu’elle est vraie lorsque, dans l’idéal, elle correspond parfaitement à l’objet sur lequel elle porte. Si l’on tient la représentation comme signifiant et l’objet qu’elle représente comme signifié, alors la vérité s’inscrit dans le langage et peut être vue comme une identité entre le signifiant et le signifié. Dès lors dire de la vérité qu’elle est une identité entre des données, c’est énoncer une règle. L’identité comme principe constituerait alors la règle et l’identité spécifique, une application de celle-ci. Dans ce cas, est considérée comme vraie toute application qui respecte la règle qui s’applique à elle. Dans la mesure ou une règle peut être respectée par une ou plusieurs applications, elle fait donc correspondre ses applications entre elles, à travers leur correspondance individuelle à elle-même. La vérité est donc une relation de correspondance entre une règle et une ou plusieurs applications.

Du vrai depuis le faux

Puisque la vérité est une relation est non une donnée, alors, une application est vraie pourvu qu’elle respecte la règle qui s’applique à elle. Nulle nécessité de s’interroger sur le caractère vrai de la règle, car se faisant, la règle devient elle-même une application soumise à une règle plus fondamentale, soit une récurrence de la relation ainsi décrite. Dans la mesure ou la règle et l’application constituent un univers clos qui ne se soumet pas nécessairement à une règle sous-jacente, une règle peut arbitrairement être énoncée et toute application qui lui correspond sera alors considérée comme vraie. Par ailleurs, une application vraie peut devenir fausse si la règle qui s’applique à elle à priori est substituée par une autre qu’elle ne respecte pas, et par là cesse de lui correspondre. La possibilité de voir le statut d’une application varier dépend ainsi de l’identification de la règle afin d’en vérifier la substitution potentielle. De ce fait, lorsque la règle est identifiée, dans la mesure ou sa substitution potentielle peut faire passer une application du statut vrai vers le statut faux, la vérité ici considérée est qualifiée de relative puisque le caractère vrai dépend du maintient ou du remplacement de la règle qui le garanti. En conclusion, toute vérité établie par une règle identifiée est une vérité relative.

Propriétés de la règle

La règle fait correspondre ses applications entre elles à travers leur correspondance individuelle à elle-même. Par là, elle unifie les applications dans une indifférenciation cohérente. Si la règle est dissimulée cette correspondance l’est également. Alors, chaque application se dissocie apparemment des autres, c’est-à-dire que l’application dissocie ce qu’elle est (elle-même) de ce qu’elle n’est pas (les autres applications). De la dissimulation de la règle résulte donc la contradiction fondamentale entre l’objet et sa négation. Tant que la règle est dissimulée, parce que sa dissimulation c’est également la dissimulation de toute correspondance entre ses applications, la dissociation qui en découle garantit la cohérence (c’est-à-dire la non confrontation entre les termes). Comme la règle est la solution positive à la contradiction, la dissociation en constitue la solution négative.

Du constat épistémique

La contradiction fondamentale constitue également d’une définition valide du concept de définition lui-même. Ce qui est défini est dissocié, c’est-à-dire caractérisé dans ce qu’il est et isolé de ce qu’il n’est pas. Dans la mesure ou tout objet est nécessairement défini pour se poser comme objet, conformément à la contradiction fondamentale, tout objet est forcément la contradiction de tous les autres. On pose donc le lemme suivant : tout objet défini est nécessairement exclu de l’ensemble des règles solutions possibles à la contradiction dans laquelle il est impliqué. Par ailleurs, la définition de l’objet montre l’incapacité (provisoire ou permanente) du témoin à résoudre la contradiction à laquelle il fait face, c’est-à-dire d’accéder à la règle solution. Si la règle solution était révélée, l’objet pourrait s’unifier dans une indifférenciation cohérente avec sa contradiction et faire ainsi s’effondrer ladite définition. La définition, la dissociation ainsi que la contradiction sont donc des synonymes épistémiques par le fait que toutes les trois se réfèrent à la contradiction fondamentale. Il est dit de l’objet qu’il est constaté.

De la contradiction épistémique

La contradiction ne nait pas de la mise en présence de termes contradictoires puisque leur dissociation se pose comme solution négative. La contradiction nait de la tentative d’unifier un ensemble d’applications par une règle à laquelle elles ne correspondent pas. Par cette règle, leur unification est attendue, alors que les applications persistent à s’exclure. Toute contradiction est ainsi caractérisée par la contradiction épistémique entre l’unité escomptée et la multiplicité constatée.

De la vérité absolue

Si l’on cherche la règle qui résout la contradiction fondamentale, alors on cherche par transitivité la règle qui résout absolument toutes les contradictions. C’est-à-dire qui unifie toutes les manifestations du monde en une indifférenciation cohérente. Ce que l’on cherche c’est donc la vérité absolue. Dans la mesure ou ils sont tous deux définis, le néant et l’infini en sont tous deux des applications. Puisque ni l’un ni l’autre ne peut se poser comme solution à la contradiction dans laquelle il est impliqué, la vérité absolue ne se réduit donc ni à l’un, ni à l’autre. Elle n’est donc pas néant, elle est nécessaire. Parce que les manifestations du monde persistent à demeurer dissociées devant le témoin, elle est dissimulée. Dans la mesure ou le constat épistémique passe par la définition, cette dissimulation s’incarne par une incapacité à la définir. La vérité absolue est indéfinissable. Le caractère indéfinissable de la vérité absolue maintient le témoin dans l’ignorance. Si le témoin ignore la définition de deux objets objectivement distincts, alors l’ignorance qui porte sur le premier est identique à celle qui porte sur le second. Aussi, l’ignorance de tout objet retourne l’ignorance comme objet. A ce titre, l’ignorance constitue une solution positive par défaut à la contradiction fondamentale, par l’unification qu’elle permet. La dissimulation de la vérité absolue conduit à une ignorance qui se substitue à elle, en reprend sa propriété unificatrice et par la dissociation qui en découle, pose la solution négative.

Du faux dualisme

De la vérité absolue, on dit l’idéal référent. Les descriptions ainsi portées sur lui permettent de concevoir ce qui est indéfini sans le séparer de ce qui est défini. Car c’est précisément par sa dissimulation que l’idéal référent structure le monde tel qu’il se manifeste au témoin, et par là est directement impliqué en lui. L’ignorance sous cette forme n’est donc pas destinée à être conquise, mais se pose comme nécessaire et invariante. La dissociation est le double révélateur de la dissimulation et de l’intervention directe de l’idéal référent dans chaque manifestation puisque chaque manifestation est dissociée des autres. En effet, c’est parce qu’il est dissimulé précisément là ou se situe la frontière entre l’objet et sa négation, que la contradiction, donc la dissociation se manifestent. On dit des manifestations du monde qu’elles sont ontologiquement dépendantes de l’idéal référent. C’est-à-dire qu’il est, dans son mode dissimulé, une condition simultanée à leur constat.

Il est également possible d’arguer que si l’idéal référent représente la vérité et que celui-ci est dissimulé, alors ce qui est révélé est faux et devrait à ce titre s’opposer au vrai. Seulement, le faux s’oppose au vrai seulement sur le plan épistémique (vérité relative) et non ontologique. En se constituant solution positive à la contradiction fondamentale donc à toutes les contradictions, la vérité n’oppose pas le faux au vrai, elle est leur synthèse, dont seule la perspective fausse est accessible. Le faux est une composante de la vérité absolue, sans que la seconde ne se réduise au premier, ni s’oppose à lui. L’opposition est elle-même une contradiction issue de la dissimulation de la vérité. L’idéal référent résout la contradiction entre le vrai et le faux en une indifférenciation cohérente.

Un exemple didactique consiste à considérer le paradoxe suivant « vrai est faux ». Ici, pour approcher l’idéal référent, il convient de s’intéresser à ce qui unie les deux éléments, plutôt que de s’atteler à tenter de résoudre le paradoxe. Deux éléments antithétiques et un élément central le verbe « être ». Ainsi, il faut que « vrai » soit et que « faux » soit, pour considérer le paradoxe. La considération des éléments « faux » et « vrai » est ontologiquement dépendante de l’élément « être ». Ils s’unifient par lui en une indifférenciation cohérente et il se pose en solution positive à leur contradiction. Ce qui de l’être est vrai, concerne aussi ce qui en lui est faux. Ainsi, donc le « faux » est une composante de « l’être », il est nécessaire pour compléter le caractère total de l’idéal référent.

Solution générale au paradoxe de Popper

Toute proposition qui déclare sa propre négation, doit être vue comme deux éléments d’une contradiction à laquelle la règle, par sa fonction, échappe. Un paradoxe est une contradiction particulière qui trompe le témoin en déclarant l’autoréférence comme solution prétendue, alors que la vraie solution se dérobe. « Tolérance » et « intolérance » ne doivent donc pas être opposés l’un à l’autre, mais unifiés par la règle qui résout leur contradiction. La dissimulation de cette règle ainsi que l’autoréférence déclarée génèrent le paradoxe. Ce qui est tolérant, ce n’est pas l’éléments opposable « tolérance », mais la solution positive qui par le fait qu’elle concerne identiquement tous les éléments, leur est tous « tolérante », y compris l’élément « intolérance ». Il en va de même pour toute contradiction de ce type. Par exemple, « l’universel » doit nécessairement concerner « le partisan ». Ici, ce qui est universel, ce n’est pas l’élément opposable mais la règle dans la mesure ou elle s’applique pareillement aux éléments de la contradiction.

De la maitrise

Puisqu’il est indéfinissable, il serait contradictoire de tenter d’identifier les propriétés de l’idéal référent. Seulement, l’ignorance se pose comme solution positive par défaut. Considérer le rapport à l’ignorance c’est considérer le rapport par défaut à l’idéal référent. Puisque la dissociation est le double révélateur de son intervention directe et de sa dissimulation, alors les propriétés de la dissociation sont celles du rapport à l’idéal référent.

  • Nécessaire

L’idéal référent n’est pas néant, il ne saurait ne pas être. Il est nécessaire.

  • Total (ubiquitaire)

Ce qui révèle le caractère total de l’idéal référent, ce ne sont pas les manifestations en elles-mêmes, mais le fait que, par sa dissimulation, celles-ci soient universellement dissociées. Là où se trouve la dissociation se trouve l’idéal référent, en ce que la dissociation est partout, alors il est partout. L’idéal référent est donc en chaque chose, ce qui induit qu’il constitue toutes les choses. Dire d’une entité qu’elle est en chaque chose donc qu’elle est toutes les choses, c’est dire d’elle qu’elle est ubiquitaire.

  • Absolu

Solution à la contradiction fondamentale, l’idéal référent est, par transitivité, la solution de toutes les contradictions, et n’est lui-même élément d’aucune contradiction.

  • Indéfinissable

Dire de l’idéal référent qu’il est défini, c’est dire de lui qu’il est exclu des solutions possibles à la contradiction dans laquelle il serait alors impliqué, il ne serait donc pas aboslu. Ce serait aussi le dissocier de sa négation, il ne s’étendrait donc pas à elle, et ne serait donc pas ubiquitaire.

  • Unique donc indivisible

Si l’idéal référent était multiple la dissociation persisterait, impliquant qu’une règle sous-jacente s’appliquerait à lui. Puisqu’il n’est ni absence ni multiplicité, il est par élimination unique. Cependant, le concept d’unité est également défini, voilà pourquoi l’idéal référent est dit « unité indéfinissable » c’est-à-dire l’unité qui génère la multiplicité par sa dissimulation, contrairement à « l’unité définissable » (unité au sens classique) dont la multiplicité est l’effet de la récurrence. Dans la mesure ou il est unique d’abord, et selon le même raisonnement ensuite, l’idéal référent est indivisible.

  • Atemporalité donc invariance

Puisque le temps est la mesure de la variation, et que celle-ci s’appuie sur la dissociation et la multiplicité, l’idéal référent ne saurait être concerné par une quelconque temporalité. Si tel était le cas, des parties, soit ce qui est dissocié, seraient nécessaires à cette variation. Une règle sous-jacente à même de résoudre les contradictions issues de cette multiplicité entrerait en vigueur.

  • Hiérarchie absolue donc simultanéité

Directement impliqué dans chaque manifestation et atemporel, pour l’idéal référent, toutes les manifestations, entendues comme applications, sont accessibles directement, simultanément et invariablement. Il n’y a donc aucune hiérarchie entre elles, soit aucune causalité. Pour lui, toutes les manifestations se valent en une équivalence absolument neutre. D’une autre manière, en vertu de son caractère total, depuis sa perspective, n’importe quelle hiérarchie trouve son inverse qui l’annule.

  • Complétude

Unique et indivisible, l’idéal référent constitue la solution positive à la contradiction fondamentale, donc à toutes les contradictions. Parce que les termes de la contradiction fondamentale se complètent entre eux en une unité indifférenciée et cohérente, par transitivité, toutes les manifestations se complètent indistinctement entre elles au sein de cette unité cohérente. Par ailleurs, et dans la mesure ou il est total, l’idéal référent est complet entant qu’ensemble, c’est-à-dire que rien de ce qui peut se manifester n’est exlu de ses possibilités.

  • Première cohérence entre la volonté et son absence

L’idéal référent est d’abord une règle qui résout une contradiction. Aussi, chaque élément de la contradiction correspond exactement à ce que dicte cette règle. La règle peut ainsi être comprise comme exerçant une volonté parfaite sur les manifestations du monde.

D’un autre côté la notion de volonté est associée à un but, soit une incomplétude inscrite dans une durée, contredisant la complétude et l’atemporalité de l’idéal référent. Voilà pourquoi la correspondance parfaite entre ce que dicte l’idéal référent et une application donnée, peut aussi être vu comme une appropriation de la manifestation. Or, il serait insensé de convoiter ce qui est déjà disponible. Sur le plan ontologique la volonté et son absence sont deux perspectives d’une unique réalité, au sein de laquelle elles ne s’excluent pas.

  • Omnivalence

L’omnivalence est un néologisme qui synthétise l’omniprésence, l’omnipotence et l’omniscience. L’idéal référent est effectivement, ubiquitaire donc omniprésent. En tant que règle, chaque manifestation se présente conformément aux modalités qu’il lui dicte, il est donc omnipotent. Directement impliqué dans chaque manifestation, il est « au fait » de chacune d’entre elles, l’idéal référent est omniscient.

De la vérité correspondance comme seul mode de la vérité

Dans la littérature, différentes définitions de la vérité se proposent, cependant toutes requièrent la vérité correspondance à leur fondement. De ce fait par simplification, nulle définition de la vérité ne convient sauf la vérité correspondance.

  • Vérité cohérence

La cohérence est garantie par la règle solution. Celle-ci, puisqu’elle s’étend invariablement à travers ses applications, correspond à chacune d’entre elles et demeure unique. Parler de cohérence, c’est donc par la règle concernée par la notion, parler de correspondance.

  • Vérité pragmatique

La vérité pragmatique se fonde sur l’efficacité qu’elle confère à l’action exécutée comme application. Elle constitue donc une correspondance entre l’intention et l’accomplissement. Cette correspondance est permise par la maîtrise de la règle qui sert de cadre à l’action, conforme au contexte. La vérité pragmatique est une vérité correspondance en premier lieu, et une vérité relative en second.

  • Vérité subjective

Si la vérité est subjective, alors elle varie d’un point de vue à l’autre, et depuis le même point de vue d’un moment à un autre de manière arbitraire. D’après le lemme, la dissociation montre que simplement parce qu’elles sont définies et multiples, aucune version de la vérité subjective ne constitue à elle seule le vrai ontologique. Une telle définition de la vérité est donc erronée.

  • Vérité normative

La question de la vérité normative se base sur le consensus d’une part et sur la morale de l’autre. La morale c’est lorsque le comportement du membre d’un groupe correspond à la règle morale de ce dernier. Quand au consensus, il est aussi une règle qui porte sur des aspects secondaires des interactions sociales. Il est donc une correspondance entre un comportement individuel et cette règle. La morale comme le consensus ne sont qu’une règle à laquelle correspondent des comportements, soit une vérité correspondance.

  • Vérité objective

Puisqu’elle est universelle et invariante à travers toute chose, toute chose en constitue donc l’application. La vérité objective n’est qu’une appellation, dont la vocation est différente des préoccupations de cette analyse, donné à ce qui reste une correspondance entre une règle et ses applications. La vérité objective est une vérité correspondance.

  • Vérité mathématique

La vérité mathématique est d’une part une vérité cohérence, c’est-à-dire une correspondance entre la loi mathématique fondamentale et les équations qui en découlent, ainsi qu’une vérité objective dans le cas où la loi mathématique serait appliquée aux événements.

  • Vérité historique

La vérité historique n’a de valeur qu’à la seule condition de respecter une correspondance parfaite entre le fait historique et le récit historique. Cette perfection étant un idéal, l’histoire est nécessairement une discipline partielle.

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I.R

De la totalité – #2 De la dimension – 0.1

De la genèse de la dimension

De toutes les définitions émises dans les diverses disciplines, aucune n’ambitionne de rendre compte de la genèse de la dimension, sauf la définition atomiste qui se heurte à deux contradictions. Cette définition formalise la dimension élémentaire par la droite, et la décrit comme une construction issue de la juxtaposition de points. Seulement, le point étant dénué de dimension lui-même, un tel raisonnement force à constater l’amalgame entre juxtaposition et superposition, et impose de conclure que la dimension en tant que telle n’est rien. Si l’on admet que toute chose se déploie dans la dimension, alors la conclusion revient à admettre que tout revient à rien.

Autrement, parler de toute chose, c’est parler de l’infinité des choses. Or, l’infini comme ensemble exhaustif est impossible à reconstituer. Ce qui revient, là encore, à dire que la totalité des manifestations prises comme un ensemble exhaustif, équivaut à rien.

Il convient en outre de relever que mis à part la définition atomiste, toutes les autres définitions de la dimension la placent dans une relation avec d’autres composantes. Il devient alors nécessaire de repenser la dimension en cherchant une définition qui résout la contradiction entre ce qui est séparé (atomisme) et ce qui est lié (autres définitions).

De l’approche définitionniste

L’analyse de la dimension montre que la dissociation en est une propriété universelle. D’abord, les dimensions se doivent d’être dissociées entre elles pour être considérées, ensuite, quelle que soit la conception que l’esprit puisse manipuler de la dimension, celle-ci est toujours entendue comme un ensemble d’éléments, structuré de telle sorte à ce qu’ils soient dissociés entre eux. Qu’il s’agisse de points (considérés par l’atomisme comme juxtaposés, donc dissociés entre eux) ou d’éléments quelconques, dont l’ensemble nommé « dimension », se structure par leur dissociation. La dissociation est inaliénable à la dimension. Or, la dissociation conduit à la définition. Définir un objet, c’est l’identifier en ce qu’il « est » et en ce qu’il « n’est pas ». Ainsi, les points sur une droite ne sont pas dissociés géométriquement (juxtaposition), mais bien parce qu’ils sont définis. Cela permet de proposer une solution au problème du passage à la limite. En effet, aussi petit ou aussi grand puisse être considéré un intervalle donné compris dans une dimension, d’abord la considération de l’intervalle lui-même, ensuite celle des éléments qui le constituent, sont tributaires de la définition. L’intervalle présentera donc invariablement la dissociation comme cœur de sa structure.

L’avantage d’une telle approche, c’est que les contraintes classiques dans les tentatives usuelles de décrire la genèse de la dimension s’effondrent. Parmi ces contraintes, la contradiction entre l’infini et le néant cesse d’être un obstacle à la description de cette genèse, puisqu’ils sont tous deux définis et donc tous deux réduits à de simples éléments comme les autres. Par ailleurs, dans la carde de cette perspective, l’infini (dans sa définition usuelle) est fini par sa dissociation de ce qu’il « n’est pas ». Ce qui est consensuellement désigné par l’infini est donc objectivement fini. Si l’on applique la perspective ensembliste à l’approche défintionniste, l’infini (au sens classique) n’est pas l’ensemble absolu des parties et la partie n’appartient pas à l’infini. En effet, puisque sa définition est dissociée de celle de la partie, elle le dissocie d’elle, faisant de l’infini un simple élément de cet ensemble et non l’ensemble lui-même. La partie n’est pas comprise dans l’infini (classique), le second ne peut donc se constituer comme totalité de la première. En conclusion, l’infini (dans sa conception usuelle) est impuissant à se constituer en totalité en ce que sa définition le dissocie de tout ce qu’il « n’est pas ».

Enfin, puisque la définition est une dissociation entre ce que son objet « est » et ce qu’il « n’est pas », elle permet à la fois de considérer l’objet depuis sa perspective atomiste par sa dissociation avec ce qu’il « n’est pas », tout en en garantissant la considération relationnelle, puisqu’identifier l’objet par rapport à ce qu’il « n’est pas » revient à le mettre en perspective relativement à son environnement.

Du tout, du rien, de l’un

La contradiction engendrée par « tout ne revient à rien » cesse également d’en être une. En effet, lorsque l’on considère la dimension par la définition, on admet nécessairement l’influence d’une règle dissimulée et invariante à travers les manifestations qui en sont les applications en désignant la dissociation (donc la définition) en vigueur entre elles. Cette « règle dissimulée » n’est pas un objet, ni une loi physique, mais une opération silencieuse du sujet connaissant, elle permet, par sa dissimulation, la distinction entre ce que l’objet « est » et ce qu’il « n’est pas » et rend ainsi possible toute forme de manifestation. Elle structure la possibilité même de l’analyse sans apparaître dans son résultat. La contradiction « tout ne revient à rien », trouve alors solution sur le plan de cette règle qui l’annule. Le tout revient effectivement à rien par la règle, qui elle est une, en ce que celle-ci résout la contradiction entre les deux. La contradiction ne se présente que lorsque cette règle est (volontairement ou non) ignorée dans l’analyse ne laissant alors que les opposés interagissant directement entre eux. Le caractère interminable de l’infini (classique) peut alors être réduit au caractère invariablement dissimulé de la règle en question. Pareillement, la révélation de la superposition dans le cadre de l’analyse de la juxtaposition peut être vue comme l’effet du rapport direct à la règle absolue. Mais encore, une telle règle est bien plus légitime à se poser en totalité, puisque son influence sur chaque manifestation peut être actée non pas en considérant la manifestation, mais en considérant sa dissociation avec les autres, elle est ubiquitaire. La règle est ainsi simultanément en chaque manifestation tout en se constituant comme leur totalité.

De la finitude

C’est donc la dissimulation de la règle qui conduit à la définition, fondement analytique de la dimension. Ainsi, la finitude n’est guère une quantité, fondamentalement, elle s’adresse au sujet dont elle organise l’ignorance. Le sujet est donc directement impliqué dans la genèse de la dimension, et par extension des manifestations dont elle est pourvoyeuse. La finitude est donc fondamentalement une ignorance, cette ignorance désigne les limites propres au sujet conférant à la finitude son sens. Son aspect quantitatif n’en est qu’un produit, la finitude n’a donc pas de consistance autonome qui soit indépendante, la dimension est solidaire du sujet. L’objet tenu comme finit, c’est l’objet défini. Sa finitude est actée dans l’aspect de la définition qui porte sur ce qu’il « n’est pas », alors même que cette définition peut le décrire comme « illimité ». Puisqu’elle porte sur l’ignorance en premier lieu, la finitude est donc avant toute chose une réalité épistémique. L’infini réel quant à lui, c’est la règle solution, qui par la résolution des contradictions dans l’unité qu’elle permet se pose en antithèse du fini. Or puisque résoudre les contradictions par une unité, c’est les confondre, alors l’antithèse du fini, c’est le confondu.

Du faux dualisme

Les descriptions ainsi portées sur la règle dissimulée permettent de concevoir une transcendance sans invoquer un quelconque dualisme. En effet, la dissociation est le double révélateur de l’application de la règle qui exerce donc son influence tout en montrant sa dissimulation. La règle fait ainsi corps avec le réel alors que pourtant, elle se dérobe à la cognition du sujet. La transcendance ne doit donc pas être entendue comme quelque chose d’à part, bien au contraire, elle est totalement impliquée dans le réel, ce qui n’empêche pourtant pas qu’elle soit inaccessible comme le montre la dissociation entre les manifestations. Il est également possible d’arguer que si la règle confère la maîtrise et que celle-ci est dissimulée, alors il devrait effectivement y avoir un dualisme entre maîtrise et ignorance. Seulement, cette dissimulation garantit la confusion entre maîtrise et ignorance en résolvant la contradiction dans laquelle elles sont impliquées. La juste formulation consiste donc à dire que ce qu’il y a, c’est la confusion entre la maîtrise et l’ignorance dont le sujet n’accède qu’au second terme. La transcendance n’appelle donc pas le dualisme, mais bien l’ignorance.

De l’universel ou du suprémacisme

Si l’on tient la vérité absolue comme universelle alors elle doit inclure le suprémacisme qui pourtant contredit l’universel. Ici encore, la conception de la vérité proposée permet de facilement passer outre cette contradiction apparente. La vérité absolue est d’abord une règle et ensuite, elle est dissimulée. L’un et l’autre de ces attributs, permettent à leur manière de dire d’elle qu’elle se pose en solution à toute contradiction, y compris à celle entre l’universel et le suprême. Mais aussi en tant que règle ubiquitaire à laquelle ne s’applique aucune autre règle, elle est en elle-même suprême tout en étant universelle.

Le rapport à la vérité absolue comme ultime règle solution

La vérité absolue étant par définition dissimulée, il est contradictoire de tenter d’en identifier les propriétés. Cependant, il est juste de considérer le rapport à elle. Puisque le rapport à la vérité est fondé sur l’ignorance et que la dissociation en est la déduction directe, alors les propriétés du rapport à la vérité absolue sont les propriétés de la dissociation. En outre, le caractère confondant de la vérité absolue fait se confondre la maîtrise et l’ignorance. Le plan des manifestations (dissociées entre elles, soit le réel usuel) constitue la composante subissant l’ignorance de la vérité. Si depuis la vérité, la commutativité est possible puisqu’elle est tenue comme règle solution révélée, depuis la perspective de sa dissimulation, soit l’ignorance, nulle commutativité n’est envisageable. Le sujet concerné par l’ignorance, n’implique donc pas qu’il soit « en dehors » la vérité absolue. L’ignorance du sujet, porte donc sur la forme confondue de l’ignorance et de la maîtrise. Elle est donc une ignorance portant sur cette confusion et non sur la maîtrise à elle seule. Le rapport à l’ignorance est donc bel et bien un rapport à la vérité absolue.

                               Totale

Ce qui révèle le caractère total de la vérité absolue, ce ne sont pas les manifestations en elles-mêmes, mais le fait que, par sa dissimulation, celles-ci soient universellement dissociées. Là où se trouve la dissociation se trouve la règle, en ce que la dissociation est partout, alors la règle est partout. La règle est donc à la fois, en chaque manifestation tout en incarnant la totalité des manifestations.

                               Unique et indivisible

Puisque la définition procède de la dissociation et qu’elle caractérise l’objet en ce qu’il « est » et en ce qu’il « n’est pas », cette caractéristique reste la même quelles que soient les manifestations considérées. La vérité absolue est donc unique.

Mais aussi, si la vérité absolue devait se décliner en parties, alors, la dissociation mise en évidence montre une récurrence du problème de la règle dissimulée qui ne peut alors constituer l’ensemble des parties. La vérité absolue est donc nécessairement unique. Selon le même raisonnement, la vérité absolue est indivisible.

                               Convergente

Dire de la vérité qu’elle est là où est chaque manifestation, c’est dire de chaque manifestation qu’elle est là où est la vérité absolue. Chaque manifestation quelle qu’elle soit, converge vers la vérité absolue.

                               Invariante

Si la vérité absolue devait varier, alors, sa dissociation en parties, serait nécessaire à cette variation. Cette dissociation la ferait entrer en contradiction avec sa propre définition. Par ailleurs, tout ce qui se dissocie, indépendamment de ce que ça puisse être, est dissocié de la même manière en ce qu’il « est » de ce qu’il « n’est pas ». L’invariance de l’acte de définition montre l’invariance de la règle dissimulée qui le fonde.

                               Omnivalente

L’omnivalence est un néologisme qui synthétise l’omniprésence, l’omnipotence et l’omniscience. La vérité est, en effet, omniprésente, dans la durée comme dans l’étendue, en ce que toutes deux s’appuyant sur la dissociation de leurs parties, révèlent son ubiquité. En tant que règle, chaque manifestation se présente conformément aux modalités qu’elle lui dicte. Par transitivité, la vérité est donc « au fait » de chaque manifestation.

                               Volonté

D’abord, chaque manifestation correspond exactement aux modalités qui lui sont dictées par la règle, ensuite toutes les manifestations convergent vers elle (ici, il s’agit d’interpréter la notion de convergence dans le sens de « au service de »), alors il est possible de voir l’ensemble des manifestations comme conformes à « la volonté » parfaite de la vérité.

                               Certitude

Puisque toute manifestation correspond d’une part à l’intention de la vérité comme règle et de l’autre, en ce que celle-ci est au fait de chaque manifestation, alors, le doute n’a pas sa place depuis la perspective de la vérité, tout est certain. Nul processus, pourvoyeur d’incertitude ne se trouve entre la vérité et chaque manifestation.

                               Complétude

Toute manifestation est incomplète du fait de la définition qui l’astreint à ce qu’elle « est » et l’ampute de ce qu’elle « n’est pas ». La vérité absolue en tant que règle solution ultime à toutes les contradictions, unifie chaque contradiction avec toutes les autres en une unité au sein de laquelle elles ne s’excluent pas. Cette unité, c’est la complétude, dans le cadre de laquelle ce que chaque manifestation « n’est pas » revient à ce qu’elle « est ».

                               Hiérarchie absolue

Depuis la vérité, toutes les manifestations, entendues comme applications, sont accessibles immédiatement, simultanément et sans intermédiation. Il n’y a donc aucune hiérarchie entre les manifestations. La seule hiérarchie admissible, se fonde sur la commutativité et décrit la relation entre la vérité absolue et ses applications comme une dominance de la première sur les secondes. La vérité absolue (désormais, il s’agira de l’être) est dite fondamentale, les manifestations, fonctionnelles. Depuis la vérité, toutes les manifestations, tous les événements se valent en une égalité absolument neutre. Seulement dire qu’aucune hiérarchie ne structure les manifestations dans l’absolu, c’est aussi admettre qu’il soit possible d’envisager la totalité indéfinie des hiérarchies possibles, puisque toute hiérarchie est annulée par la hiérarchie qui lui est inverse, réduisant synthétiquement le complexe à une hiérarchie nulle.

En conclusion, une telle conception de la vérité permet de rendre compte de la totalité, de l’unité, de la diversité, de l’ubiquité, ainsi que de l’invariance de l’être. Elle résout les contradictions ainsi mises en relief.

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I.R