De la totalité – #2 De la dimension – 0.1

De la genèse de la dimension

De toutes les définitions émises dans les diverses disciplines, aucune n’ambitionne de rendre compte de la genèse de la dimension, sauf la définition atomiste qui se heurte à deux contradictions. Cette définition formalise la dimension élémentaire par la droite, et la décrit comme une construction issue de la juxtaposition de points. Seulement, le point étant dénué de dimension lui-même, un tel raisonnement force à constater l’amalgame entre juxtaposition et superposition, et impose de conclure que la dimension en tant que telle n’est rien. Si l’on admet que toute chose se déploie dans la dimension, alors la conclusion revient à admettre que tout revient à rien.

Autrement, parler de toute chose, c’est parler de l’infinité des choses. Or, l’infini comme ensemble exhaustif est impossible à reconstituer. Ce qui revient, là encore, à dire que la totalité des manifestations prises comme un ensemble exhaustif, équivaut à rien.

Il convient en outre de relever que mis à part la définition atomiste, toutes les autres définitions de la dimension la placent dans une relation avec d’autres composantes. Il devient alors nécessaire de repenser la dimension en cherchant une définition qui résout la contradiction entre ce qui est séparé (atomisme) et ce qui est lié (autres définitions).

De l’approche définitionniste

L’analyse de la dimension montre que la dissociation en est une propriété universelle. D’abord, les dimensions se doivent d’être dissociées entre elles pour être considérées, ensuite, quelle que soit la conception que l’esprit puisse manipuler de la dimension, celle-ci est toujours entendue comme un ensemble d’éléments, structuré de telle sorte à ce qu’ils soient dissociés entre eux. Qu’il s’agisse de points (considérés par l’atomisme comme juxtaposés, donc dissociés entre eux) ou d’éléments quelconques, dont l’ensemble nommé « dimension », se structure par leur dissociation. La dissociation est inaliénable à la dimension. Or, la dissociation conduit à la définition. Définir un objet, c’est l’identifier en ce qu’il « est » et en ce qu’il « n’est pas ». Ainsi, les points sur une droite ne sont pas dissociés géométriquement (juxtaposition), mais bien parce qu’ils sont définis. Cela permet de proposer une solution au problème du passage à la limite. En effet, aussi petit ou aussi grand puisse être considéré un intervalle donné compris dans une dimension, d’abord la considération de l’intervalle lui-même, ensuite celle des éléments qui le constituent, sont tributaires de la définition. L’intervalle présentera donc invariablement la dissociation comme cœur de sa structure.

L’avantage d’une telle approche, c’est que les contraintes classiques dans les tentatives usuelles de décrire la genèse de la dimension s’effondrent. Parmi ces contraintes, la contradiction entre l’infini et le néant cesse d’être un obstacle à la description de cette genèse, puisqu’ils sont tous deux définis et donc tous deux réduits à de simples éléments comme les autres. Par ailleurs, dans la carde de cette perspective, l’infini (dans sa définition usuelle) est fini par sa dissociation de ce qu’il « n’est pas ». Ce qui est consensuellement désigné par l’infini est donc objectivement fini. Si l’on applique la perspective ensembliste à l’approche défintionniste, l’infini (au sens classique) n’est pas l’ensemble absolu des parties et la partie n’appartient pas à l’infini. En effet, puisque sa définition est dissociée de celle de la partie, elle le dissocie d’elle, faisant de l’infini un simple élément de cet ensemble et non l’ensemble lui-même. La partie n’est pas comprise dans l’infini (classique), le second ne peut donc se constituer comme totalité de la première. En conclusion, l’infini (dans sa conception usuelle) est impuissant à se constituer en totalité en ce que sa définition le dissocie de tout ce qu’il « n’est pas ».

Enfin, puisque la définition est une dissociation entre ce que son objet « est » et ce qu’il « n’est pas », elle permet à la fois de considérer l’objet depuis sa perspective atomiste par sa dissociation avec ce qu’il « n’est pas », tout en en garantissant la considération relationnelle, puisqu’identifier l’objet par rapport à ce qu’il « n’est pas » revient à le mettre en perspective relativement à son environnement.

Du tout, du rien, de l’un

La contradiction engendrée par « tout ne revient à rien » cesse également d’en être une. En effet, lorsque l’on considère la dimension par la définition, on admet nécessairement l’influence d’une règle dissimulée et invariante à travers les manifestations qui en sont les applications en désignant la dissociation (donc la définition) en vigueur entre elles. Cette « règle dissimulée » n’est pas un objet, ni une loi physique, mais une opération silencieuse du sujet connaissant, elle permet, par sa dissimulation, la distinction entre ce que l’objet « est » et ce qu’il « n’est pas » et rend ainsi possible toute forme de manifestation. Elle structure la possibilité même de l’analyse sans apparaître dans son résultat. La contradiction « tout ne revient à rien », trouve alors solution sur le plan de cette règle qui l’annule. Le tout revient effectivement à rien par la règle, qui elle est une, en ce que celle-ci résout la contradiction entre les deux. La contradiction ne se présente que lorsque cette règle est (volontairement ou non) ignorée dans l’analyse ne laissant alors que les opposés interagissant directement entre eux. Le caractère interminable de l’infini (classique) peut alors être réduit au caractère invariablement dissimulé de la règle en question. Pareillement, la révélation de la superposition dans le cadre de l’analyse de la juxtaposition peut être vue comme l’effet du rapport direct à la règle absolue. Mais encore, une telle règle est bien plus légitime à se poser en totalité, puisque son influence sur chaque manifestation peut être actée non pas en considérant la manifestation, mais en considérant sa dissociation avec les autres, elle est ubiquitaire. La règle est ainsi simultanément en chaque manifestation tout en se constituant comme leur totalité.

De la finitude

C’est donc la dissimulation de la règle qui conduit à la définition, fondement analytique de la dimension. Ainsi, la finitude n’est guère une quantité, fondamentalement, elle s’adresse au sujet dont elle organise l’ignorance. Le sujet est donc directement impliqué dans la genèse de la dimension, et par extension des manifestations dont elle est pourvoyeuse. La finitude est donc fondamentalement une ignorance, cette ignorance désigne les limites propres au sujet conférant à la finitude son sens. Son aspect quantitatif n’en est qu’un produit, la finitude n’a donc pas de consistance autonome qui soit indépendante, la dimension est solidaire du sujet. L’objet tenu comme finit, c’est l’objet défini. Sa finitude est actée dans l’aspect de la définition qui porte sur ce qu’il « n’est pas », alors même que cette définition peut le décrire comme « illimité ». Puisqu’elle porte sur l’ignorance en premier lieu, la finitude est donc avant toute chose une réalité épistémique. L’infini réel quant à lui, c’est la règle solution, qui par la résolution des contradictions dans l’unité qu’elle permet se pose en antithèse du fini. Or puisque résoudre les contradictions par une unité, c’est les confondre, alors l’antithèse du fini, c’est le confondu.

Du faux dualisme

Les descriptions ainsi portées sur la règle dissimulée permettent de concevoir une transcendance sans invoquer un quelconque dualisme. En effet, la dissociation est le double révélateur de l’application de la règle qui exerce donc son influence tout en montrant sa dissimulation. La règle fait ainsi corps avec le réel alors que pourtant, elle se dérobe à la cognition du sujet. La transcendance ne doit donc pas être entendue comme quelque chose d’à part, bien au contraire, elle est totalement impliquée dans le réel, ce qui n’empêche pourtant pas qu’elle soit inaccessible comme le montre la dissociation entre les manifestations. Il est également possible d’arguer que si la règle confère la maîtrise et que celle-ci est dissimulée, alors il devrait effectivement y avoir un dualisme entre maîtrise et ignorance. Seulement, cette dissimulation garantit la confusion entre maîtrise et ignorance en résolvant la contradiction dans laquelle elles sont impliquées. La juste formulation consiste donc à dire que ce qu’il y a, c’est la confusion entre la maîtrise et l’ignorance dont le sujet n’accède qu’au second terme. La transcendance n’appelle donc pas le dualisme, mais bien l’ignorance.

De l’universel ou du suprémacisme

Si l’on tient la vérité absolue comme universelle alors elle doit inclure le suprémacisme qui pourtant contredit l’universel. Ici encore, la conception de la vérité proposée permet de facilement passer outre cette contradiction apparente. La vérité absolue est d’abord une règle et ensuite, elle est dissimulée. L’un et l’autre de ces attributs, permettent à leur manière de dire d’elle qu’elle se pose en solution à toute contradiction, y compris à celle entre l’universel et le suprême. Mais aussi en tant que règle ubiquitaire à laquelle ne s’applique aucune autre règle, elle est en elle-même suprême tout en étant universelle.

Le rapport à la vérité absolue comme ultime règle solution

La vérité absolue étant par définition dissimulée, il est contradictoire de tenter d’en identifier les propriétés. Cependant, il est juste de considérer le rapport à elle. Puisque le rapport à la vérité est fondé sur l’ignorance et que la dissociation en est la déduction directe, alors les propriétés du rapport à la vérité absolue sont les propriétés de la dissociation. En outre, le caractère confondant de la vérité absolue fait se confondre la maîtrise et l’ignorance. Le plan des manifestations (dissociées entre elles, soit le réel usuel) constitue la composante subissant l’ignorance de la vérité. Si depuis la vérité, la commutativité est possible puisqu’elle est tenue comme règle solution révélée, depuis la perspective de sa dissimulation, soit l’ignorance, nulle commutativité n’est envisageable. Le sujet concerné par l’ignorance, n’implique donc pas qu’il soit « en dehors » la vérité absolue. L’ignorance du sujet, porte donc sur la forme confondue de l’ignorance et de la maîtrise. Elle est donc une ignorance portant sur cette confusion et non sur la maîtrise à elle seule. Le rapport à l’ignorance est donc bel et bien un rapport à la vérité absolue.

                               Totale

Ce qui révèle le caractère total de la vérité absolue, ce ne sont pas les manifestations en elles-mêmes, mais le fait que, par sa dissimulation, celles-ci soient universellement dissociées. Là où se trouve la dissociation se trouve la règle, en ce que la dissociation est partout, alors la règle est partout. La règle est donc à la fois, en chaque manifestation tout en incarnant la totalité des manifestations.

                               Unique et indivisible

Puisque la définition procède de la dissociation et qu’elle caractérise l’objet en ce qu’il « est » et en ce qu’il « n’est pas », cette caractéristique reste la même quelles que soient les manifestations considérées. La vérité absolue est donc unique.

Mais aussi, si la vérité absolue devait se décliner en parties, alors, la dissociation mise en évidence montre une récurrence du problème de la règle dissimulée qui ne peut alors constituer l’ensemble des parties. La vérité absolue est donc nécessairement unique. Selon le même raisonnement, la vérité absolue est indivisible.

                               Convergente

Dire de la vérité qu’elle est là où est chaque manifestation, c’est dire de chaque manifestation qu’elle est là où est la vérité absolue. Chaque manifestation quelle qu’elle soit, converge vers la vérité absolue.

                               Invariante

Si la vérité absolue devait varier, alors, sa dissociation en parties, serait nécessaire à cette variation. Cette dissociation la ferait entrer en contradiction avec sa propre définition. Par ailleurs, tout ce qui se dissocie, indépendamment de ce que ça puisse être, est dissocié de la même manière en ce qu’il « est » de ce qu’il « n’est pas ». L’invariance de l’acte de définition montre l’invariance de la règle dissimulée qui le fonde.

                               Omnivalente

L’omnivalence est un néologisme qui synthétise l’omniprésence, l’omnipotence et l’omniscience. La vérité est, en effet, omniprésente, dans la durée comme dans l’étendue, en ce que toutes deux s’appuyant sur la dissociation de leurs parties, révèlent son ubiquité. En tant que règle, chaque manifestation se présente conformément aux modalités qu’elle lui dicte. Par transitivité, la vérité est donc « au fait » de chaque manifestation.

                               Volonté

D’abord, chaque manifestation correspond exactement aux modalités qui lui sont dictées par la règle, ensuite toutes les manifestations convergent vers elle (ici, il s’agit d’interpréter la notion de convergence dans le sens de « au service de »), alors il est possible de voir l’ensemble des manifestations comme conformes à « la volonté » parfaite de la vérité.

                               Certitude

Puisque toute manifestation correspond d’une part à l’intention de la vérité comme règle et de l’autre, en ce que celle-ci est au fait de chaque manifestation, alors, le doute n’a pas sa place depuis la perspective de la vérité, tout est certain. Nul processus, pourvoyeur d’incertitude ne se trouve entre la vérité et chaque manifestation.

                               Complétude

Toute manifestation est incomplète du fait de la définition qui l’astreint à ce qu’elle « est » et l’ampute de ce qu’elle « n’est pas ». La vérité absolue en tant que règle solution ultime à toutes les contradictions, unifie chaque contradiction avec toutes les autres en une unité au sein de laquelle elles ne s’excluent pas. Cette unité, c’est la complétude, dans le cadre de laquelle ce que chaque manifestation « n’est pas » revient à ce qu’elle « est ».

                               Hiérarchie absolue

Depuis la vérité, toutes les manifestations, entendues comme applications, sont accessibles immédiatement, simultanément et sans intermédiation. Il n’y a donc aucune hiérarchie entre les manifestations. La seule hiérarchie admissible, se fonde sur la commutativité et décrit la relation entre la vérité absolue et ses applications comme une dominance de la première sur les secondes. La vérité absolue (désormais, il s’agira de l’être) est dite fondamentale, les manifestations, fonctionnelles. Depuis la vérité, toutes les manifestations, tous les événements se valent en une égalité absolument neutre. Seulement dire qu’aucune hiérarchie ne structure les manifestations dans l’absolu, c’est aussi admettre qu’il soit possible d’envisager la totalité indéfinie des hiérarchies possibles, puisque toute hiérarchie est annulée par la hiérarchie qui lui est inverse, réduisant synthétiquement le complexe à une hiérarchie nulle.

En conclusion, une telle conception de la vérité permet de rendre compte de la totalité, de l’unité, de la diversité, de l’ubiquité, ainsi que de l’invariance de l’être. Elle résout les contradictions ainsi mises en relief.

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I.R

De la totalité – #1 De la vérité – 2.2

L’énigme des deux portes

La définition de la notion de vérité implique l’étude d’une situation la faisant directement intervenir. Il s’agit d’un problème impliquant une définition précise de la vérité, la vérité correspondance. Le principe de cette énigme est de mettre celui auquel elle est posée face à deux personnages. L’un ment et l’autre dit vrai, le joueur doit identifier chacun d’entre eux. La solution consiste à poser une question composée à chaque interlocuteur. Chacun est interrogé non pas sur la réponse juste, mais sur ce que répondrait l’autre s’il était interrogé. Le joueur appuie sa démarche sur le fait qu’une proposition fausse se référant à une autre proposition fausse établit une vérité. Ainsi, même si les deux personnages mentent, leurs réponses à cette question pointeront toutes deux vers la vérité. Or, il en va de même si tous deux disent vrai. Ainsi, le faux composé équivaut au vrai composé par l’identité entre les composantes, qui lui-même équivaut au vrai simple.

La confirmation de cette hypothèse s’obtient par l’analyse concrète du cas proposé par l’énigme, dans lequel l’un des interlocuteurs ment tandis que l’autre dit vrai. Lorsque chaque interlocuteur est questionné sur la réponse de l’autre plutôt que sur sa propre réponse, alors la relation obtenue s’écrit V(F) = F(V) = F. C’est-à-dire que, puisque l’un des interlocuteurs dit vrai et que l’autre ment, alors l’interlocuteur honnête dit vrai sur le fait que l’autre ment (V(F)) et inversement (F(V)). Textuellement, cela se traduit par la proposition suivante « le faux vrai comme le vrai faux, retournent tous deux le faux ». Ici, le joueur auquel l’énigme est posée est alors orienté vers l’alternative fausse, sur la base de laquelle il peut déduire l’alternative vraie par élimination. Selon le même raisonnement, F(F) = V(V) = V, soit la proposition suivante « le faux faux comme le vrai vrai, retournent tous deux le vrai ». Cette égalité stipule que si la question composée était posée à chaque interlocuteur non pas sur la réponse de l’autre, mais sur sa propre réponse (que répondrais-tu si l’on t’interrogeait ?) alors le joueur serait directement orienté vers la réponse vraie que l’interlocuteur soit menteur ou honnête. Cette analyse montre que le caractère vrai ou faux d’une proposition ne dépend pas du contenu, mais de la relation entre les contenus, établissant qu’il soit possible d’obtenir la vérité depuis une base fausse. C’est l’identité ou la différence entre les contenus, qui définit le caractère « vrai » d’une proposition, au-delà des contenus eux-mêmes. En s’appuyant sur les questions composées, alors que l’énigme donne le droit de poser une question à chaque interlocuteur, il n’est même pas nécessaire de le faire. Une seule question à un seul interlocuteur suffit à obtenir la solution. Qu’il s’agisse d’un menteur ou d’un honnête personnage, la composition de la question et la constance de son statut (menteur ou honnête) pointeront toujours vers la solution juste, en vertu de la vérité comme relation (de correspondance) et non comme contenu.

Si avant d’être interrogé sur l’énigme, l’interlocuteur déclare qu’il dira vrai tout en mentant sur la question, ou inversement déclare qu’il mentira tout en disant vrai lorsque la question lui est posée, la constance du statut (menteur ou honnête) de l’interlocuteur n’étant pas constatée, les développements présentés ci-dessus cessent de s’appliquer à l’énigme pour s’appliquer à l’interlocuteur lui-même. La relation V(F) = F(V) = F concerne alors l’interlocuteur lui-même qui, peu importe qu’il soit honnête ou menteur face à la question, reste synthétiquement un menteur eu égard à la variabilité de ses affirmations. Il n’est pas possible à ce titre de lui faire confiance, le jeu est donc caduc. On ne peut faire confiance à un menteur qu’à condition qu’il mente avec constance. Sa constance sert alors de repère qui, par élimination, dirige vers le vrai. Il devient un interlocuteur honnête. En conclusion, le menteur n’est pas celui qui ment, mais celui qui alterne mensonge et vérité de manière aléatoire. Combien même un interlocuteur n’aurait jamais menti, il suffit qu’il le fasse (de manière imprévisible) une unique fois pour synthétiser toutes les fois où il a dit vrai en le seul statut « vrai » et le seul mensonge qu’il n’aura jamais proféré en le statut « faux » retournant à la relation V(F) = F(V) = F, faisant de lui définitivement un menteur.

De la vérité

La relation F(F) = V(V) = V met en évidence que la vérité procède d’une correspondance entre le signifiant et le signifié. Cette correspondance est une relation. La vérité n’est pas objet, mais une relation entre objets. Dès lors en tant que relation, dire de la vérité qu’elle est une correspondance entre le signifiant et le signifié, c’est formuler une règle. Auquel cas, la juste description est celle d’une correspondance entre une règle et une application. Une application vraie est une application qui respecte la règle. Dans le cadre de cette formulation générale, la correspondance entre un signifiant et un signifié apparaît comme un cas particulier d’un principe plus vaste, qui admet des cas ou le signifiant diffère du signifié, pourvu que l’application respecte la règle. En conclusion, la vérité est une relation de correspondance entre une règle et une application. Par ailleurs, une application vraie peut devenir fausse si la règle qui s’applique varie, et par là cesse de garantir la correspondance. La possibilité de voir le statut d’une application varier dépend de l’identification de la règle. De ce fait, lorsque la règle est identifiée, la vérité qu’elle incarne est qualifiée de vérité relative.

Du vrai depuis le faux 

Puisque la vérité est une relation est non objet, alors, une application est vraie pourvu qu’elle respecte la règle qui s’applique à elle. Nulle nécessité de s’interroger sur le caractère vrai de la règle, car se faisant, la règle devient alors une application soumise à une règle plus fondamentale soit une récurrence de la relation ainsi décrite.

De la commutativité

À travers les applications, la règle est unique et invariante. Lorsque la règle est identifiée, alors la relation entre celle-ci est les applications peut aussi bien être vue depuis ce qui dissocie les applications entre elles que depuis ce qui les unifie. Il est dit d’une telle relation qu’elle est commutative. En revanche, lorsque la règle est inaccessible, les applications imposent un accès à elles uniquement depuis ce qui les dissocie entre elles. Dans un tel cas de figure, l’inaccessibilité de la règle ne donne pas le choix au sujet de considérer la relation à loisir depuis l’une ou l’autre des perspectives. Le sujet subi l’accès au monde uniquement dans ce qui dissocie ses aspects, la relation est alors non-commutative.

De la définition

Lorsque la règle est inaccessible, les applications ne sont disponibles que dans ce qui les dissocie entre elles. Chaque application est alors identifiée en ce qu’elle « est » et ce qu’elle « n’est pas ». Ce qu’elle « est » se dissocie de ce qu’elle « n’est pas ». De cette identification procède la définition. Ainsi, toute application, pourvu qu’elle soit définie, c’est-à-dire mise dans un rapport de dissociation relativement aux autres applications au sein d’un ensemble, et d’ores et déjà exclue des règles solution possibles à cet ensemble.

De la contradiction

Tout ce qui est défini est identifié en ce qu’il « est » et en ce qu’il « n’est pas ». Ce que l’objet défini « n’est pas » constitue la contradiction de ce qu’il « est ». Tout ce qui est défini est donc de fait contradictoire avec ce que sa définition exclue. Lorsque la règle est inaccessible, la non-contradiction entre les applications est assurée par leur dissociation. De ce fait, la mise en présence d’applications contradictoires ne suffit pas à générer la contradiction, puisque leur dissociation assure leur non-contradiction. Mais plutôt lorsqu’une règle erronée leur est appliquée, car elle prétend les unifier alors qu’objectivement seul leur forme dissociée est accessible, puisque la règle solution reste dissimulée. La contradiction n’est donc pas générée par l’inaccessibilité de la règle solution, mais plutôt par sa substitution par une règle quelconque erronée. La règle solution quant à elle, puisqu’unique et invariante à travers les applications, confond ce que chaque application « est » avec ce qu’elle « n’est pas. Par sa portée unificatrice, elle résout les contradictions.

De la vérité absolue

S’interroger sur la pertinence d’une vérité absolue, c’est se poser la question inverse de la pertinence du néant, soit de l’absence parfaite de toute vérité absolue. La vérité absolue, est-elle l’absence absolue de vérité ? Développons le paradoxe qu’une telle question soulève. Le néant (l’absence absolue) est défini en ce qu’il « est » et ce qu’il « n’est pas », il est donc contradictoire avec ce qu’il « n’est pas ». En ce sens, il se pose comme application d’une règle qui ne se réduit pas à lui. En effet, puisque l’absence absolue est définie, elle n’est donc pas la solution à la contradiction dans laquelle elle est impliquée. La vérité absolue est donc différente du néant. De la même manière, l’être est également défini, et sa définition est différente de celle du néant dont il est donc dissocié. La vérité absolue, ne se réduit ni au néant, ni à l’être, elle est dissimulée. Sa considération est donc pertinente.

Du faux absolu

Parce que la vérité absolue comme règle solution induit la dissociation par sa dissimulation, alors tant qu’il persiste au minimum deux composantes du réel dissociées entre elles, le réel tel qu’il se manifeste est différent de la vérité absolue. De ce fait, par opposition à l’unité, la multiplicité induite par la dissociation constitue l’antithèse du rapport à la vérité. Le monde entendu comme un ensemble de manifestations dissociées entre elles, est absolument faux. L’accès au monde est donc fondamentalement une illusion portant sur lui et ne constitue pas le monde en soi.

De l’ignorance

Toute dissociation révèle une contradiction entre les éléments dissociés. Toute dissociation implique une définition, toute définition révèle donc la contradiction qui conduit à elle. Puisque l’absence de règle absolument fondamentale est rejetée, toute définition est nécessairement associée à une règle solution dissimulée, donc ignorée. Désigner toute dissociation revient à désigner au moins une règle qui persiste à se dérober, soit la règle solution à la contradiction révélée par ladite dissociation. Mais encore, l’ignorance de tout objet retourne l’ignorance comme objet. L’ignorance unifie ce qui échappe à l’entendement. Ainsi, combien même à plusieurs ensembles d’applications, leurs règles solution respectives différeraient les unes des autres, tant qu’elles restent toutes inaccessibles, elles sont une, par leur dissimulation. Les ensembles différents d’applications gouvernés par des règles différentes se confondent en un seul, indifférencié. La dissociation entre les contradictions établit le non-contradictoire, la règle solution garantie le cohérent. Il s’agit de l’ignorance épistémique, soit l’incapacité de concevoir. Concevoir une ignorance, c’est déjà la connaître. En se constituant comme privation de toute conception, cette ignorance est elle-même inconcevable.

De la règle comme langage

Tenons la règle qui régit un ensemble d’applications comme étant le langage dans lequel elles sont exprimées. Alors, il est tout aussi possible de considérer l’ensemble dans ce qu’il a d’unique, tout en conservant la perspective de sa multiplicité par des articulations différentes de ce même langage. En outre, en plus d’unifier les applications auxquelles il s’applique, un langage permet une unification fondamentale entre ce qui dissocie les applications auxquelles il s’applique, et ce qui les unit. Tenir la règle d’un ensemble d’application comme étant leur langage commun, résout la contradiction entre unité et multiplicité. Comme tout ce qui est identifié, un langage découvert comme solution est défini en ce qu’il « est » et ce qu’il « n’est pas », et cesse d’être solution à la contradiction dans laquelle cette définition l’implique, il devient une vérité relative. Tout langage en tant que règle procède donc de la vérité relative, le langage absolu lui, est invariablement dissimulé. Le monde est donc un ensemble de signifiants renvoyant à un unique signifié, invariablement dissimulé.

De la vérité correspondance comme seule vérité

Différentes définitions de la vérité se proposent, cependant toutes requièrent la seule vérité correspondance comme fondement. Par là et en vertu du rasoir d’Occam, nulle définition de la vérité ne convient sauf la vérité correspondance.

                               Vérité cohérence

La cohérence est garantie par la règle solution. Celle-ci puisqu’elle s’étend invariablement à travers les applications qu’elle régie, correspond à chacune d’entre elles. Parler de cohérence, c’est donc par la règle concernée par la notion, parler de correspondance.

                               Vérité pragmatique

La vérité pragmatique se fonde sur l’efficacité qu’elle confère à l’action exécutée selon ses préceptes. Elle constitue donc une correspondance entre l’intention et l’accomplissement. Cette correspondance est permise par la maîtrise de la règle qui sert de cadre à l’action, conforme au réel. La vérité pragmatique est une vérité correspondance en premier lieu.

                               Vérité subjective

Si la vérité est subjective, alors elle varie d’un point de vue à l’autre, et depuis le même point de vue d’un moment à un autre. La dissociation est donc aux fondements de sa description, montrant que simplement parce qu’elles sont multiples, aucune version de la vérité subjective ne saurait correspondre à la vérité. Il n’est donc pas nécessaire d’analyser le concept de la vérité subjective depuis le prisme de la correspondance, puisqu’une telle définition de la vérité est fausse.

                               Vérité normative

La question de la vérité normative est plus subtile puisqu’elle se fonde sur le consensus d’une part et sur la morale de l’autre. Considérer une morale universelle a ses limites. Car si la morale universelle était accessible (ici, il ne s’agit pas de contester son influence, puisqu’elle est située au niveau de la vérité absolue), elle serait admise de manière unanime, ce que démentent les observations anthropologiques. Tout principe moral est fondé sur son utilité au groupe selon une acception darwiniste. Quant à la prévalence d’une morale sur l’autre, de la confrontation dialectique entre les groupes procède une sélection d’un système moral relativement à l’autre. Ne reste alors que le consensus. C’est-à-dire la correspondance entre les comportements individuels et les règles collectivement admises.

                               Vérité objective

Puisqu’elle est universelle et invariante à travers toute chose, la vérité objective n’est que l’autre nom de la règle solution, soit de la correspondance entre elle et les applications qui en découlent. Elle n’est rien d’autre qu’une vérité correspondance.

                               Vérité mathématique

La vérité mathématique est d’une part une vérité cohérence, c’est-à-dire une correspondance (par la règle mathématique) entre la loi mathématique fondamentale et les équations qui en découlent, ainsi qu’une vérité objective dans le cas où la loi mathématique serait appliquée aux événements.

                               Vérité historique

La vérité historique n’a de sens qu’à la condition qu’elle respecte une correspondance entre le fait historique et le récit historique.

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